– Tiens, mais c’est cette bonne vieille Gunda. Tu avais pas démissionné ?
– Si. Mais je te laisse une dernière chance. J’aime bien les missions impossibles.
– Je sais, je t’ai vu chez l’esthéticienne.
– C’est sexiste, ça.
– Non, pas quand ça s’adresse à une amie imaginaire.
– Ouais. Bon. Tu sais, là, quand tu faisais des explications de chansons ?
– Ouais…
– Qu’est-ce que c’était nul ! Enfin bon, les gens aimaient bien.
– Alors justement, je viens de trouver les paroles de “Je marche seul” de Jean-Jacques Goldman et…
– NON. On vise un public de jeunes, là. Les retraités ils lisent pas Internet, ils ont pas le temps.
– C’est vrai que tu t’y connais en jeunes, toi, Gunda…
– N’étale pas ma vie privée ici, s’il te plaît, et puis c’était un accident.
– Ah oui mais moi je sais pas ce qu’ils écoutent les jeunes, j’ai pas la télé.
– Mais si. Tu sais. Y a le hockeyeur, là. Il a joué dans Danse avec les stars.
– CAROLINA KOSTNER
– Non mais arrête, tu mets tout le monde mal à l’aide. Je parlais de Bastian Baker. En plus il est Suisse, c’est pittoresque.
– Bastian Baker ? Le mec qui chante “Nobody should die alone” et “Tomorrow may not be better” ? Le monde va mal on va tous mourir… il doit avoir au moins 50 ans.
– Ben il est Suisse, quoi. Bon, sinon y a Matt Pokora.
– Il a été has been pendant au moins 10 ans, il chante du Goldman. Il doit avoir au moins 50 ans.
– Non mais mets-y un peu du tien, sinon tu deviendras jamais une star d’Internet comme Norman.
– Norman ? J’ai vu un sketch de lui à la radio, il disait “Aujourd’hui, les jeunes ont accès super facilement à du porno sur Internet, nous à leur âge on galérait”. Il doit avoir au moins 50 ans.
– Bon, j’abandonne.
– Ah mais sinon y a bien le truc, là, Gangbang Style.
– Ah, tu vois quand tu veux !
– Ce serait drôle, j’appellerais mon post “L’ami rit Corée”
– NON.
– En plus ça parle d’un quartier de Séoul, comme La Sallaz, mais à Séoul. 1010 reprezent, tavu ?
– NON.
– Mais bon, je parle pas coréen. Tu parles coréen, toi ?
– Non mais tu trouveras bien une traduction sur internet.
– Oui mais bon, internet, ils y mettent ce qu’ils veulent.
Lucky on strike
January 24th, 2013Mais dis-moi que deviennent les saucisses de Vienne ? (J’avais la flemme de chercher un titre alors j’ai mis celui-ci)
January 21st, 2013C’est décidé ! A force d’en entendre parler, en 2013, tu te mets enfin à la procrastination, comme tout le monde ! Mais voilà, tu ne sais pas comment t’y prendre. Les vieilles habitudes ont pris le dessus : janvier n’est même pas terminé que déjà, tu te remets à travailler efficacement, tu as même de l’avance sur ton planning.
Ne panique pas, je peux t’aider ! Je ne dis pas ça pour me vanter, mais je suis un expert reconnu dans ce domaine. D’ailleurs, j’ai commencé ce post il y a trois jours. Enfin, il y a trois jours, quand j’ai écrit cette phrase. C’était il y a huit jours.
Pour bien procrastiner, la première chose à faire, c’est de faire des listes ! Tous les matins, au lieu, comme d’habitude, de vaquer à tes occupations matinales, liste-les. Ca te fera perdre quelques précieuses minutes de travail. N’oublie pas de noter chaque détail ! Plus la liste est longue, plus tu seras découragé par l’ampleur de la tâche. Très vite, tu auras envie d’aller te refaire un petit café plutôt que de passer au point suivant. Par exemple, plutôt que “classer dossier”, on préférera ouvrir tiroir, chercher l’emplacement exact dans l’ordre alphabétique, réfléchir quelques instants à un système autre que l’ordre alphabétique, ne plus y penser, classer dossier, fermer tiroir, réfléchir quelques instants au mot “tiroir”.
Il est très important d’avoir une petite routine quotidienne : consulter ses mails, répondre aux courriers non professionnels, se faire un petit café, veiller à l’entretien d’une bonne ambiance de travail grâce aux conversations autour de la machine à café, se ronger les ongles, réfléchir quelques instants au sens de la vie… toutes ces choses qui créent une ambiance propice à la créativité et te permettent de ne jamais commencer le travail moins de trois heures après le début du travail.
Il est beaucoup plus facile de procrastiner lorsqu’on travaille à la maison. Non seulement, les distractions y sont plus nombreuses, mais l’univers se chargera de t’aider dans ta noble tâche en te demandant d’aller faire quelques courses puisque tu es à la maison ou encore en te demandant d’aller chercher tes colis à la Poste (car le facteur, redoutable spécialiste du noble art procrastination, a trouvé un peu fatigant d’appuyer sur ta sonnette, il y en a quand même huit dans l’immeuble c’est compliqué de chercher, et a donc préféré t’informer que tu étais absent au moment de son passage, après tout, si tu avait été là, tu lui aurais probablement envoyé un message télépathique). Mais les vrais experts sont capable de procrastiner au bureau, et même en open space.
Le procrastinateur amateur connaît bien les blogs, Facebook, Twitter. Plus averti, il préfèrera se tourner vers des sites a priori moins faits exprès pour son art. Une simple recherche sur Wikipedia peut permettre de passer plusieurs heures à ne pas bosser. Les forums sont également une ressource infinie. Tiens, par exemple, tu t’es déjà demandé qui étaient ces gens qui répondaient dans les cinq minutes sur des forums de traduction alors que tu avais posé une question sur le chantournage en islandais ? Bientôt, tu t’entendras dire “le dossier Berthier ? Je m’y mets dans dix minutes, mais d’abord, il y a quelqu’un qui a une question sur Internet !” Un peu de pratique, et tu réussiras même à perdre plusieurs heures sur des sites de jardinage, de nouvelles régionales sarthoises, d’apiculture. Certains sont tellement doués qu’ils arrivent à lire le blog d’mry plutôt que de travailler (mais attention, ne t’y lance pas sans quelques années d’entraînement, une rechute est trop vite arrivée) !
Petite astuce, si tu préfères remettre ton blog à jour plutôt que d’écrire ce fameux article sur les vis à turbinage manuel ! La liste de trucs, si prisée des spécialistes, a l’immense avantage de n’être jamais vraiment terminée !
Coming outre
January 13th, 2013Finalement, ça s’était plutôt bien passé.
Evidemment, sa mère avait fondu en larmes. “Mais comment je vais annoncer ça à mes copines du yoga ?” C’était la première chose à laquelle elle avait pensé. Puis elle avait ajouté, en sanglotant, “c’est de ma faute, j’aurais dû m’en douter, tu aimes tellement le football”. Son père s’était énervé. “Comment est-ce que tu as pu nous mentir si longtemps ?” En réalité, il n’avait jamais menti, il n’avait juste jamais démenti.
Il n’avait pas démenti quand on l’avait appelé “pédé”. C’était au camp de basson, les autres garçons le trouvaient bizarre parce qu’il ne considérait pas quelqu’un qui pète comme la meilleure des plaisanteries possibles et ne pensait pas que relire seize fois le même magazine pornographique était un passe-temps passionnant. Alors quand le grand Fulgence lui avait dit “mais tu serais pas pédé, toi ?”, il avait juste répondu “désolé, t’es pas du tout mon genre”. Deux jours plus tard, toute l’école, tout le village, toute sa famille avaient été au courant mais il n’avait pas démenti : ceux qui l’évitaient désormais étaient des gens par lesquels il était assez fier d’être évité, ça lui permettait donc de faire un tri assez efficace.
Il n’avait pas démenti, évidemment, quand Gunda s’était déshabillée devant lui. La plus belle fille de l’école, tous les garçons prétendaient « se l’être faite », presque tous mentaient. Il avait juste fait semblant de détourner le regard mais n’en avait pas perdu une miette. Il avait bien failli tout avouer, deux heures plus tard, quand elle lui avait demandé “mais tu n’as jamais eu envie d’essayer avec une fille ?” mais il avait bien fait de ne pas le faire. Et depuis, il avait entendu cette phrase bien souvent, avec à chaque fois les mêmes agréables conséquences.
Et il n’avait jamais démenti devant ses parents, pour ne pas leur faire de peine. Ils étaient si fiers d’avoir un fils homo. Du jour où ils avaient appris sa prétendue préférence, il avait enfin existé à leurs yeux. Il ne jouait pas de harpe dans un groupe de post-punk comme son frère Anaximandre, il n’avait jamais été en prison pour outrage à agent comme sa s½ur Clytemnestre, il était étudiant en économie et capitaine de son équipe de rugby, il n’avait pas grand chose dont ses parents puissent se réjouir jusque là. Alors il faisait semblant. Il avait même demandé à un ami de jouer le rôle, juste un soir ou deux, de son amoureux pour faire taire un peu les “mais quand vas-tu nous présenter ton copain ? Tu es quand même pas hétéro, ahahah” si récurrents.
Mais là, il ne pouvait plus mentir. “Papa, maman, j’ai rencontré quelqu’un, j’aimerais vous la présenter”, ça ne devait pas être si dur à dire. Finalement, ça s’était plutôt bien passé. Comme dans les films, comme personne ne le fait jamais dans la réalité, il avait répété la scène cent fois devant le miroir. Demain, il oserait enfin.
Vive la viande d’hiver
January 7th, 2013New Morges, janvier 2112
– Grand-papa, grand-papa, c’est vrai que quand tu étais jeune, on mangeait des animaux ?
– Ah oui ! Plein !
– Mais c’est dégueulasse !
– Pas du tout. Je tuerais pour un bon steak. Enfin, si mes dents artificielles étaient un peu plus solides.
– Mais vous mangiez des animaux de compagnie comme des coatis ou des wombats ?
– Mais non. Enfin, pas avant la disparition des vaches (un stupide accident de fourrage). Nous mangions du cheval, de l’agneau, du b½uf, du poulet…
– Du poulet ? C’est quoi ?
– Tu vois l’animal que les Français arborent fièrement sur le maillot de leur équipe de football ?
– Non.
– Ah… bon… dommage, parce que c’est un poulet. Enfin un coq, mais c’est pareil, en moins rôti.
– C’est pas un animal mythique, le coq ?
– Non… enfin, quand on a arrêté d’élever des animaux pour la viande, on les a relâchés dans la nature, vu qu’ils ne servaient plus à grand chose. La plupart s’en sont assez bien sortis. Sauf les poules, qui se sont toutes faites dévorer dans la semaine. Et c’est seulement après ça que les Français ont déclaré que les coqs mesuraient trois mètres de haut et crachaient du feu. Mais en fait non.
– Et ça avait le goût de quoi ?
– Ben… grosso modo, le même goût que la viande reconstituée, mais en meilleur. Et en plus gras aussi, un peu.
– Mais alors tu devais chasser pour manger ?
– Oui, mais essentiellement dans des supermarchés.
– Mais alors, le poisson reconstitué, c’est aussi fait à partir d’un vrai animal ?
– Ben oui, des poissons. Ils vivaient dans nos lacs, nos rivières et nos mers.
– Ouais, ouais, tu me prends pour un jambon reconstitué ! Vivre dans la mer. LOL, comme on disait à ton époque.
Puis Olaf-Quaywyn s’en retourna chez lui en se disant que décidément, le troisième cerveau de son pauvre grand-père ne fonctionnait pas à plein régime. Pendant ce temps, le vieillard s’enferma à double tour dans la pièce secrète au fond du couloir à gauche dans laquelle personne ne devait jamais entrer et il se confectionna un petit kebab reconstituant avec Kiki et Filou, deux des hamsters de son élevage secret.
Björn Borg de Noël
December 25th, 2012Il était une fois une petite langouste qui s’appelait Omar.
Omar vivait avec quelques congénères dans le vivier d’un grand restaurant. Il l’ignorait totalement. Comme il était peu aventureux, il n’avait jamais vraiment réalisé que ce qu’il appelait l’océan mesurait en réalité moins d’1 mètres carré. Et comme il était myope et, pour tout dire, pas hyper malin, même selon des critères langoustins, il ne se rendait pas plus compte que ses congénères n’étaient jamais les mêmes d’un jour à l’autre.
Omar était le plus vieux du vivier. En effet, il avait pris pour habitude de se tailler les antennes très fin pour ne pas avoir l’air d’un hippie, car il venait d’une famille très à hippocampe sur les principes. Du coup, il avait l’air moins appétissant et ne se faisait jamais manger. Au début, ses camarades venaient le consulter mais très vite, ils déchantaient :
– Bonjour, monsieur. »
– Hé mais c’est ce vieux Pacôme ! Quoi de neuf ? »
– Non mais je suis nouveau ici, monsieur. J’ai été péché ce matin. »
– Où vas-tu pécher de telles idées ! LOL »
– Bon, je vais vous laisser… »
– Non mais c’est drôle parce que pécher, pécher, tu vois ? »
– Non. »
– Tu fais un peu la gueule, Pacôme, que t’arrive-t-il ? »
– Je vais me faire bouffer et je vais passer mes dernières heures avec un demeuré, y a pas de quoi danser la gigue non plus ! »
– LOL sacré blagueur ! »
Et ce genre de conversations recommençait encore et encore. Jusqu’à la douce et belle nuit de Noël quand, la magie des Fêtes aidant, on vint chercher Omar pour lui faire passer un sale quart d’heure à l’armoricaine.
Des mains le saisirent, il réalisa furtivement son rêve, voler, on lui donna un bon bain chaud. Un peu trop chaud à son goût. Il sortit donc pour se plaindre mais, comme il était myope et pas très malin, il tomba hors de sa casserole et se perdit dans les méandres de la cuisine.
Arrivé dans la rue, il demanda son chemin à un quidam.
– Oh putain, une crevette qui parle ! »
– Mais enfin, je ne suis pas une crevette, je suis une langouste. »
– Hé bien, toutes les langoustes sont dans la nature ! »
– Quoi ?»
– Non, rien. »
– Je crois que je suis perdu ! »
– C’est bien triste, ce soir c’est Noël, viens donc à la maison ! »
– Je ne sais pas trop ce que c’est Noël, mais ok, si je ne dérange pas ! »
– Mais non, pas du tout, au contraire ! »
Et Omar passa une belle soirée, entouré de rires d’enfants, de joie et d’une sauce mayonnaise.
Tie break
December 14th, 2012Longtemps, l’homme préhistorique a marché nu. Puis il s’est dit “on dirait que ça se rafraîchit, non ? Il y aurait une petite glaciation qui se prépare que ça m’étonnerait pas” et a inventé les habits.
Au début, ça restait assez basique : les habits d’un jour reflétait souvent le repas de la veille (parce qu’ils chassaient, je veux dire, pas parce qu’ils s’habillaient avec des assiettes). On tuait un mammouth et toute la tribu revêtait des pelisses de mammouth, on abattait un lapin et on avait un peu froid mais ça faisait un joli bonnet (qui a d’ailleurs inspiré les actuels bonnets militaires helvètes), on se débarrassait d’un tigre à dents de sabre et les rayures revenaient en force ce printemps.
Comme nous l’avons déjà vu, à cette époque, on s’ennuyait ferme, car il n’y avait pas encore 112 nouvelles chaînes du câble par jour. Mais cet ennui était propice à l’invention de mille nouvelles distractions.
Un jour, un dénommé UuhhGruhhhhhhhr proposa à quelques amis une activité ludique à laquelle personne n’avait jamais pensé :
– Alors on s’assied devant la caverne, on regarde les gens passer et on critique comment ils sont habillés.”
– Ah mais pourquoi ?”
– Ben c’est rigolo.”
– Ah bon ?”
– Mais si, essaie pour voir.”
– Ah ben lui, là, avec ses moufles en peau de biche… Il me fait vraiment penser à une biche.”
– Ouais non, t’as raison, c’est assez nul…”
Mais pourtant, l’idée d’UuhhGruhhhhhhhr finit par prendre et petit à petit, tout le monde s’adonnait à ce nouveau concept logiquement “bichage”. Il décida de mettre sur pied une petite société secrète chargée de déterminer, année après année, ce qui était désormais à la mode, pour que tout le monde sache bien de qui se moquer et de qui ne pas se moquer sinon après c’est l’anarchie.
Grisé par le succès, il ne cessait d’inventer de nouvelles idées toujours plus tordues.
– Alors on dirait qu’une femme serait obligée avant de sortir de chez elle de se plaquer des tas de couleurs faites à base de charbon et d’animaux morts sur le visage.”
– Yiiik.”
– Et aussi, elles devraient marcher avec l’arrière du pied plus haut que l’avant.”
– Mais c’est idiot !”
– Mais non. Et elles devraient s’arracher régulièrement tous les poils, même ceux du visage, sinon elles seraient la risée de la population.”
– Non alors ça, non, mon pauvre vieux UuhhGruhhhhhhhr, une femme sans poils, ça ne marchera jamais.”
– Oh mais vous avez pas le sens du cool.”
– Mais y en a que pour les femmes, dans ton truc ?”
– Oui. J’aime bien les femmes.”
– Non mais faudrait trouver un truc aussi pour les hommes sinon ils vont se sentir lésés. Qu’est-ce que tu dirais de ça : le comble de l’élégance, pour un homme, ce serait de s’attacher un truc autour du cou !”
– Non.”
– Mais il y en aurait avec des chats ! Ou des rayures !”
– Oui… non !”
– Non mais regarde, ça ferait super joli sur une chemise bien repassée.”
– Une quoi bien quoi ?”
– Attends, je vais te montrer… voilà…. non c’est pas bien serré, encore un peu plus… voilà, parfait !”
Et c’est grâce à cette intervention salvatrice bien qu’un peu trop musclée (ne faites pas ça chez vous les enfants), première victime de la mode de l’histoire, qu’on n’entendit plus jamais parler d’UuhhGruhhhhhhhr et de ses sinistres idées.
Comment veux-tu que je postule ?
December 12th, 2012Madame la Poste,
C’est avec plaisir que je réponds à votre offre d’emploi diffusée sur le réseau social Twitter, où j’aime à traîner car je pense qu’il est important de faire de la veille dans le networking, et sans doute aussi ailleurs mais j’y étais pas.
J’aimerais à ce propos vous féliciter, même si ça ne se fait pas trop dans une lettre de motivation, j’en suis conscient, pour votre parfaite maîtrise des réseaux sociaux : moi aussi, si je cherchais des traînées, j’irais sur Twitter (mais je ne peux pas leur envoyer de DM parce qu’elles ne me followent pas back alors bon). En revanche, vous avez oublié les accents, comme aurait dû le faire depuis bien longtemps Tex.
Au nom de l’égalité, je me permets de répondre à cette annonce, car je ne vois pas pourquoi être un homme m’interdirait d’être une trainee. Cela fait d’ailleurs des années que je m’efforce de le devenir car comme vous, je pense que rien ne vaut la pratique. Dans ma tête, je suis la reine des trainee. Et si cela ne s’est jamais concrétisé dans les faits, ce n’est qu’une question, comme le disait Lao-Tseu, d’opportunités. Que m’offrira enfin le poste (un poste à La Poste, c’est drôle, ça)(pardon d’apparter au risque de m’y brûler le pourpoint, mais je viens à peine de faire le rapprochement) que vous me proposez si gentiment.
Je ne viens pas, je me dois de le préciser, de sortir de l’université avec brio, ni même sans, comme le stipule votre annonce. Et d’ailleurs, je sortais très peu à l’université. C’est pour cela que je compte sur votre programme minutieux d’entraînement car je sens que je suis passé à côté d’un truc.
En revanche, je jouis des prédispositions indispensables pour ce job de trainee. Je ne crache pas sur un bon verre d’alcool, je ne m’intéresse pas plus que ça à l’amour propre et je n’ai rien contre les histoires d’un soir car, comme l’a dit le poète, c’est toujours un soir de plus que mes histoires habituelles.
Je vous ci-joint mon CV, dans le doute, mais je me demande si mon expérience de trieur de cornichons est vraiment pertinente dans le cas qui nous intéresse. Encore que. Mais bon, ce n’est pas à moi d’en décider.
En espérant que mes arguments vous aient convaincue, je vous prie d’agréer, Madame la Poste, mes poutou-poutous et je vous dis à bientôt, dans une de vos queues !
Compte de Noël
December 6th, 2012Cela faisait trente-sept ans, depuis l’effondrement de la troisième union européenne, que la guerre avait éclaté. Au début, les gens allaient la voir le dimanche avec les enfants, mais tout le monde s’était lassé depuis longtemps. Surtout qu’à force d’alliances, de trahisons, de scissions, il devenait difficile de bien comprendre qui se battait contre qui. Et ça commençait à coûter cher.
“Il serait temps que cela cesse”, s’était dit un général d’état-major qui commençait à s’ennuyer sérieusement. A force que tous les pays consacrent plus de 100% à leur budget annuel à l’armement, toutes les écoles avaient fermé et il devait emmener ses onze enfants au travail tous les jours, et ils étaient un peu bruyants, surtout le petit dernier, dont il avait oublié le prénom. Mais il ne convoqua pas, comme tous ces prédécesseurs, une énième conférence internationale de paix.
Selon les vieilles légendes, il existait, au coeur de l’Europe, un petit pays, le seul à encore entretenir une armée sans drones, sans robots, sans chars télécommandés, mais avec des vrais soldats à l’ancienne. Jadis, ce pays avait été prospère, grâce à ses banques, ses montres, ses médicaments et son industrie de précision, puis les Chinois du Brésil et d’Indonésie avaient commencé à faire mieux, car ces gens là ne respectent rien. Quand la guerre avait éclaté, par souci de neutralité, le petit pays avait décidé de s’enfermer sous les montagnes. Depuis, tout le monde l’avait oublié mais l’industrie du médicament était encore très prospère.
Le général d’état-major se dit que vu qu’ils ne s’en servaient probablement pas, on pourrait aller demander aux ressortissants de ce petit pays de prêter leur armée trois semaines, le temps de régler le conflit de manière traditionnelle, et après je vous la rends, promis, et je nettoie tout bien.
Le petit pays refusa parce que si on fait une exception pour un, on doit en faire pour tous et après c’est l’engrenage, vous comprenez, mais est-ce que vous pourriez nous apporter un peu de fromage parce que les vaches dépérissent sous cette montagne.
Alors la guerre repartit pour 37 ans. Mais ce n’était plus pareil. Il n’y avait plus le feu sacré. “On pourrait juste débrancher tous nos drones et aller à la pèche?”, se demanda le général d’état-major, qui fut immédiatement licencié parce que faut quand même pas déconner, mais tout de même, le ver était dans la pêche.
Et c’est ainsi que finalement, l’Europe demanda son adhésion à la Suisse (qui refusa à 57,2%).
Indigné presque parfait
December 5th, 2012Fulgor estimait que dans la vie, on ne pouvait se contenter de subir, il fallait agir, pour être maître de son propre destin.
A 17 ans, résolument pacifiste, il était entré dans une association de lutte contre la guerre et même si, globalement, très peu de guerres avaient été évitées grâce à lui, il avait, se disait-il, contribué à rendre le monde un peu meilleur en vendant des t-shirts. Plus tard, il avait également distribué des autocollants. Puis il était entré dans un groupe de reflexion sur l’action citoyenne et il avait pas mal réfléchi.
Puis il avait eu beaucoup moins le temps de s’engager, avec les études, le boulot, les apéros, c’est compliqué, mais militant écologiste convaincu, il se rendait toujours à son travail en vélo sauf les mardis, les jeudis et les mois en r. Mais il avait tout de même assisté à trois concerts de Tryo et, dans le doute, un de Cali.
Aujourd’hui, légèrement trentenaire, ce passé activiste lui manquait, mais que veux-tu, on prend un appartement puis un jour on n’a pas le temps d’acheter des ampoules économiques et des légumes bio et c’est l’engrenage infernal. Il n’avait même pas ouvert le journal d’amnesty international le mois dernier. Il sentait qu’il fallait faire quelque chose, et vite.
Alors ce matin-là, il se dit qu’enfin, c’était le moment de faire un acte militant. De s’engager vraiment, pour contribuer à améliorer la vie de ses concitoyens. En commençant à un échelon local, car n’est-ce pas là que se jouent les vrais enjeux ?
Et c’est depuis qu’il s’attelait, et ça tombait bien, il n’avait pas grand chose de très urgent au travail, à fabriquer des flyers qu’il irait ensuite déposer sur les pare-brises de tous ces cons qui se parquent n’importe comment quand il neige et après on peut même pas sortir du garage !
Longue est la nuit
November 27th, 2012J’aimerais pour une fois aborder un thème de société sur ce blog :
Pour ou contre l’insomnie ?
A priori, poser la question, c’est y répondre. En ce temps de crise et de morosité, dormir, c’est du temps perdu. L’insomnie, c’est des heures et des heures de gagnées, que l’on peut enfin consacrer à des activités délaissées durant la journée comme penser au temps qui passe ou écouter le robinet goutter dans la cuisine. Elle peut également être le prélude à d’amusantes distractions : qui n’a jamais repeint son plafond sur le coup de 4 heures du matin ?
Il est de plus bien connu que l’insomnie aide à la création artistique. Avez-vous jamais lu un roman parlant de quelqu’un qui dort super bien ? Connaissez-vous un seul artiste expliquant qu’il crée surtout au cours de ses nuits de sommeil profond ? Et ces français romans au style enlevé, ceux dont l’auteur n’a pas cette sotte vulgarité de s’intéresser à l’histoire alors qu’il pourrait rajouter un adjectif, leurs foisonnants oxymores, leurs amphigouriques catachrèses que louent les critiques subjugués par cet impétueux amas de sémillants vocables, qui donc, dans un funeste monde dépourvu d’affables insomnies, les lirait ?
L’insomnie permet aussi de compter les moutons, ce qui nous rapproche de la nature dans un monde où de plus en plus de bergers font appel à des compte-moutons automatiques.
Et puis il faut bien que les fabricants d’anti-cernes gagnent leur vie, avec tout ce chômage.
Non, vraiment, l’insomnie a tout pour elle. A condition de respecter quelques règles simples qui permettent de la vivre pleinement. Ne faites pas comme ces insomniaques débutants et naïfs qui croient dur comme fer qu’ils vont se rendormir. Des heures perdues à tenter de faire le vide dans son esprit, à en chasser toutes pensées interlopes, alors qu’on pourrait très bien se lever, aller à la cuisine et se préparer une bonne interlope panée, ça me chagrine. Et dans un souci de confort, il est préférable que le nombre d’insomniaques à domicile soit supérieur ou égal au nombre d’habitants.
Mais bon, ça fatigue un peu, à la fin.